French poem
Le Cid Fidèle
by Victor Hugo
Princes, on voit souvent croître Des gueux entre les pavés Qui font de vous dans un cloître Des moines aux yeux crevés.
Je ne suis pas de ces traîtres; Je suis muré dans ma foi, Les grands spectres des ancêtres Sont toujours autour de moi,
Comme on a, dans les campagnes Où rit la verte saison, Une chaîne de montagnes Qui ferme l'âpre horizon.
Il n'est pas de cœurs obliques Voués aux vils intérêts Dans nos vieilles républiques De torrents et de forêts.
Le traître est pire qu'un more; De son souffle il craint le bruit; Il met un masque d'aurore Sur un visage de nuit;
Rouge aujourd'hui comme braise, Noir hier comme charbon. Roi, moi je respire à l'aise; Et quand je parle, c'est bon.
Roi, je suis un homme probe De l'antique probité. Chimène recoud ma robe, Mais non pas ma loyauté.
Je sonne à l'ancienne mode La cloche de mon beffroi. Je trouve même incommode D'avoir des fourbes chez moi.
Sous cette fange, avarice, Vol, débauche, trahison, Je ne veux pas qu'on pourrisse Le plancher de ma maison.
Reconnais à mes paroles Le Cid aimé des meilleurs, A qui les pâtres d'Éroles Donnent des chapeaux de fleurs.