Versos French Victor Hugo Xvi

French poem

Xvi

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«Les vivants sous le ciel tremblent, souffrent et pleurent; «La vertu, la raison et la sagesse meurent; «Le crime est couronné. «L'homme récolte ici ce que là-bas il sème. «Mastaï, Mastaï, Pie appelé neuvième, «Approche, infortuné!

«Nul ne s'évade. Ici les choses sont connues, «Les os sont transparents et les âmes sont nues; «Ici tout est clartés; «L'ombre de l'homme prend la forme de sa vie, «La justice affamée ici n'est assouvie «Que de réalités.

«Quand les princes foulaient aux pieds les multitudes, «Transformaient des pays vivants en solitudes, «Dressaient les échafauds, «Et marchaient sur le peuple, affreux, vainqueurs, superbes, «Comme le moissonneur à grands pas dans les herbes «Marche avec une faulx;

«Tandis que l'orphelin pleurait avec la veuve, «Et que l'humanité gémissait comme un fleuve, «Et qu'eux étaient joyeux, «Et qu'ils pillaient le peuple avec leurs économes, «Tandis que tous ces rois versaient le sang des hommes «Comme moi l'eau des cieux;

«Tandis que des couteaux ils aiguisaient les pointes «Toi, tu les bénissais; tu tombais les mains jointes «A genoux sous un dais, «Et tu me rendais grâce à moi, souverain maître, «Ne t'imaginant pas que j'existais, ô prêtre, «Et que je t'entendais!

«Me voici. Vois ma face; et sache que j'existe. «O malheureux, regarde en toi-même et sois triste. «Une main t'a saisi; «Comme une vision rappelle-toi le monde; «Ceci c'est ma clarté; le reste est nuit profonde; «C'est moi qui suis ici!

«Sache que c'était moi qui t'avais mis au faîte. «Le jour où, proclamé roi, pontife et prophète, «Joyeux, tu te courbas, «Tandis qu'on t'enivrait d'un hymne de victoire, «Et que tout l'univers te chantait dans ta gloire, «Je t'ai parlé tout bas;

«Je t'ai dit:--Mastaï, je te charge des hommes. «Voici la clef du coffre et le compte des sommes «Qu'il faudra rendre un jour. «Sois le gardien sublime et le grand solitaire. «C'est toi qui veilleras au centre de la terre «Sur le haut de ma tour.

«Je t'ai dit:--Mastaï, travaille en ma présence, «Remets de la vertu dans l'âme où l'innocence «Lentement se détruit; «C'est toi qui verseras de l'huile dans ma lampe, «Pour qu'en l'esprit de l'homme où le mal parfois rampe «Il ne soit jamais nuit.

«Je t'ai dit:--Mastaï, chasse Satan, s'il entre. «Tous les crimes hideux, rôdant hors de leur antre, «Guettant l'homme éprouvé, «Te trouveront debout sur leur route, ô pontife, «Et fermeront leur gueule et baisseront leur griffe «Devant ton doigt levé.

«Or, le monde t'a vu, toi le saint, toi l'auguste, «Dire au crime: courage! et la porte du juste «A tremblé sur ses gonds. «Tu louas les bourreaux vainqueurs, toi mon ministre; «Tu pris sur tes genoux, magicien sinistre, «La tête des dragons.

«Devant le créateur, devant les créatures, «Tu mis sur les tyrans, tu mis sur les parjures, «Sur le vol effronté, «Sur le meurtre ivre et fou qui dans le sang se plonge, «Tu mis sur cet amas d'horreur et de mensonge «Mon sceau de vérité.

«Chien du troupeau, tu fus un loup comme les autres! «O rois, ses attentats amnistiaient les vôtres; «Si bien, pape romain, «Qu'aujourd'hui, dans le trouble et dans l'inquiétude, «Pas un abri lointain, pas une certitude «Ne reste au genre humain!

«Pure étoile éclairant les vivants dans leurs routes, «La vérité brillait au fond des sombres voûtes «Où l'œil de l'homme atteint, «Je t'avais, comme Aron et comme Zoroastre, «Mis si haut que toi seul pouvais souffler sur l'astre; «Prêtre, tu l'as éteint!

«J'avais entre tes mains déposé la justice, «De peur que l'homme n'erre et ne se pervertisse «Comme au temps de Japhet, «Des âmes des vivants j'avais fait ton domaine, «Je t'avais confié la conscience humaine. «Réponds, qu'en as-tu fait?»