Versos French Abraham de Vermeil À Monsieur Richelet, sur l’ombre de sa Belette

French poem

À Monsieur Richelet, sur l’ombre de sa Belette

by (1589–1620)

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A peine ai-ie clos ma paupiere,  Dompté d’Amour & du mal-heur,  Et tu te vas donnant carriere,  Helas ! recule toi arriere,  De peur d’esueiller ma douleur. Sorciere aimee de mes geines,  Belette mon doux reconfort, Tu accompagnes bien mes peines,  Mais tu n’as pas dedans tes veines  Comme moi l’autheur de ta mort, Helas ! tu follastres sans cesse  Courant d’vn or’ d’autre costé,  Et moi ie croupis en tristesse  Aussi constant en ma destresse  Que ma belle en sa cruauté. Ta petite dent iuoirine  Estreint mignardement mes dois,  Quand tu contrefais la mutine :  Mais l’Amour ronge ma poictrine  Lorsmesme qu’il m’est plus courtois. Mignonne quand la soif te presse,  Ma léure est ton allegement,  Et si ie baise ma Maistresse,  I’aualle vne flamme traistresse  Qui m’altere eternellement. Si quelquesfois ie me pourmeine  Tu vas & viens suivant mes pas,  c’est le desespoir qui me meine,  Follette laisse cette peine,  Si tu ne cerches ton trespas. Quand ie suis versé sur ma couche,  Fiere de m’auoir avec toi,  Nul n’approche sans escarmouche ;  Que gardes-tu mon lict farouche  Puisque l’assassin est dans moi ? Tu viens au repas de ton maistre,  Choisir tes morceaux dans sa main,  Et si mon cœur se veult repaistre,  Tout ce qu’il aime deuient traistre,  Et s’enfuit de deuant sa faim. Si quelque petit chien t’agasse  Plus puissant de membres que toi,  Tu cours iusqu’à ce qu’il se lasse,  L’importun mal-heur qui me chasse  Ne se lasse iamais sur moi. Alors que j’escris mon martyre,  Tu m’ostes la plume des dois,  Et l’Amour redouble son ire,  Ie te pri’ laisse moi escrire,  Ou bien oste lui son carquois. En fin apres mille carrieres,  Et mille sauts entrecouppez,  Le Soleil dompte les lumieres :  Mais tousiours les fureurs meurtrieres  Veillent au fonds de mes costez. Nul obiect dormant ne te ronge ;  Si je dors i’ai cinq cens voleurs,  Dont le moindre soudain me plonge  Dedans les abysmes d’vn songe,  Autant cruel que mes douleurs. Helas ! qu’est-ce que je raisonne,  Ou à qui tiens-ie ce propos ?  Est ce à toi ma douce mignonne ?  Peux-tu bien en ton dernier somne  Encores troubler mon repos ? Mais pardon ombrelette blesme,  Si i’ai oublié tes honneurs,  Et failli au deuoir extresme,  Ie faults ainsi enuers moi-mesme,  Bien qu’entõbé dans mes mal-eurs. Pardon, i’offre dessus ta lame  Mes plaisirs, me contentements,  Helas ! ie toffriroi mon ame,  Si le furieux qui l’enflamme  Ne la gardoit pour mes tourments. Mais las ! où t’en fuis-tu Belette,  Le Soleil allume le iour,  Et tu t’esteins, douce ombrelette,  Ne t’en va point ainsi seulette,  Prends ma vie ou bien mon amour. Mon richelet, la pierre dure  N’attend plus ores que le prix,  De ce petit œil de Nature :  Trace doncques sa sepulture,  Puisque tu es l’eil des Esprits.