French poem
Faiseuse d’anges
by Albert Londres (1884–1932)
L’alcôve est sombre, et sur le papier blanc du mur, Des anges, vers les cieux, s’en vont à tire-d’aile. Deux femmes : l’une ouvrant large son escarcelle, L’autre y laissant glisser de l’or qui sonne pur.
De grands volets feutrés font ce réduit obscur, Seule, une flamme tremble au bout d’une chandelle, Alors, la vieille dit : « N’ayez pas peur, ma belle, J’ai vingt ans de pratique et le pouce encor sûr. »
Sous un vieux baldaquin d’un ton vaguement bleu La femme est étendue ; et, la vieille, en silence, Fait un ange de plus pour la droite de Dieu.
Eh bien ! Messieurs ! Peut-on connaître de quels droits Vous vengez le fœtus de ceux dont la naissance N’aurait pas trouvé place à l’abri de vos lois ?