French poem
Terrain vague
by Albert Mérat (1840–1909)
Hier, près des Champs-Élysées, En plein Paris, j’ai reconnu Des fleurs des prés dépaysées Au bord d’un terrain maigre et nu.
Complice des amours des plantes, Le vent, baisant les gazons mûrs, En porte les graines tremblantes Dans les crevasses des vieux murs ;
Derrière une clôture en planches, D’un peu de sable soulevé, Jaillissent des fleurettes blanches Aux fentes mêmes du pavé.
Il n’est muraille qui s’effrite, Ni sol pelé, ni coins étroits, Où, par quelque humble marguerite, L’été ne reprenne ses droits.
Arrachez-les, mettez des pierres En tas sur leurs frêles pâleurs, Elles rouvriront leurs paupières : On ne supprime pas les fleurs.