French poem
Toilettes d’été
by Albert Mérat (1840–1909)
L’été quand le soleil couchant Déploie au ciel ses oriflammes. Je me réjouis en marchant À voir les toilettes des femmes :
Ce tourbillon extravagant De percales ébouriffées, De plis retenus sous un gant, De mousselines pour les fées :
Des plumes, des jais, des paillons Dont les singes seraient bien aises, Des nœuds comme des papillons, Pris aux images japonaises.
Tout le fouillis parisien, Les riens charmants d’une vitrine, Relevés par le goût ancien D’un bijou d’or sur la poitrine ;
Des caprices hors de propos, Des incartades enfantines, Des rêves de petits chapeaux Et des trouvailles de bottines.
Pour la forme et pour la couleur Ces toilettes semblent écloses D’un oiseau-mouche et d’une fleur Ou d’un souffle d’air sur des roses.
Périsse le chiffon d’hier, Pourvu qu’un plus joli renaisse ! Ô variantes de cet air : Élégance, charme et jeunesse.
Bouillons, jupons bouffants, volants, Cols gaufrés montant sur la nuque, Guipures noires, tulles blancs, Cheveux plus lourds qu’une perruque ;
Ombrelle longue en taffetas, Dentelle frêle des voilettes, Laissant derrière chaque pas Comme une odeur de violettes ;
Poème fin, frivole et fou, Strophe du pied et du corsage, Rhythme de la taille et du cou, Vous confondez l’esprit du sage.