French poem
Après une lecture de Pascal
by Alfred Busquet (1819–1883)
De nos tristes métamorphoses Qui sait l’origine et la fin ? Dieu seul est grand ; Dieu sait les causes ; Mais nous… Bien sot est le plus fin !
Quelle est la vie ?… un grand peut-être !… Un prétexte aux illusions, La trame d’un mensonge, où naître Et mourir sont des visions !
La nuit prête son voile sombre À la tombe ainsi qu’au berceau ; Nous mourons, nous naissons dans l’ombre, Déjà marqués du même sceau.
Vie et mort sont sujets à doutes ; De quoi sont composés nos sens ? Qui sait si les célestes voûtes Ont des abris compatissants ?
Qui sait encor — doute suprême — Si les vivants ne sont pas morts, Et si les chers morts que l’on aime Ne vivent pas loin de leurs corps ?
Si nous ne menons pas un rêve En dehors de la vérité, Comme en un sommeil qu’on achève, On croit à la réalité ?
C’est ainsi que, — double mensonge ! — Notre esprit a deux visions ; Il entasse songe sur songe Et fictions sur fictions.