Versos French Amable Tastu À Béranger

French poem

À Béranger

by (1795–1885)

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Adieu, chansons ! mon front chauve est ridé. L’oiseau se tait ; l’aquilon a grondé. Chante encor, encor, encor, Ton heure n’est pas venue ; Ta voix du pauvre est connue, Laisse-lui son trésor, Laisse-lui, laisse-lui son trésor, Laisse-lui, Béranger, laisse-lui son trésor.

Est-ce bien toi qui m’abandonnes ? Dit-il les yeux mouillés de pleurs. Déjà ta main pleine d’aumônes, Se ferme-t-elle à mes douleurs ! Ah ! garde ton doux rôle, Ou, pour te taire, attends Qu’un autre me console : Tu parleras long-temps ! Chante encor…

Du peuple instruisant la mémoire, Tu ne l’exaltais pas en vain. Au cabaret, ivre de gloire, Souvent il oubliait le vin. Fais-tu, pour en voir rire Le fisc et ses suppôts, Abandon de ta lyre Au profit des impôts ?

Chante encor…

Au printemps, l’enfance fidèle Redisait en chœur tes leçons ! Elle attend la feuille nouvelle, Moins que tes nouvelles chansons. Pour sa voix qui t’appelle N’as-tu donc qu’un refus, Comment dansera-t-elle Si tu ne chantes plus ?

Chante encor…

Tu l’as dit : nos sonneurs de cloche, Que leur carillon étourdit, Restent sourds au plaintif reproche Du malade qui les maudit. Ton vers domine encore Ce tintement trompeur : Ah ! d’un blâme sonore Qu’ils aient du moins la peur !

Chante encor… Quand l’oiseau se tait sous l’ombrage, À nos bois il lègue après lui Des héritiers de son langage ; Les tiens, où sont-ils aujourd’hui ? De tes chants tutélaires, Sans te lasser, défends Le français de nos pères, Qu’oublîraient nos enfans !

Chante encor…

Déjà, sur sa route sublime, Vois trébucher le genre humain ; Faute d’un tambour qui l’anime Le régiment reste en chemin : Viens ! quand l’étape est large, Quand les hommes sont las, C’est en battant la charge Qu’on les remet au pas.

Chante encor, encor, encor, Ton heure n’est pas venue ; Ta voix du pauvre est connue, Laisse-lui son trésor, Laisse-lui, laisse-lui son trésor, Laisse-lui, Béranger, laisse-lui son trésor.