French poem
À M. de Chateaubriand, après avoir assisté à la lecture de ses Mémoires
by Amable Tastu (1795–1885)
Onorate l’allissimo poeta .... ............ ........Quella fonte Che spande di parlar si largo fiume. Oui, si dans mes beaux jours, comme aujourd’hui, poète, Vous m’étiez apparu, mains jointes devant vous, Vous alors, à mes yeux, ange, saint ou prophète, J’aurais courbé la tête Et fléchi les genoux.
Hélas ! à chaque pas nous sentons sur la route, De ses jeunes respects le cœur se délier, L’oreille est moins flexible à la voix qu’elle écoute, Et le genou, sans doute, Moins facile à plier.
Las de voir insulter le nom qu’on déifie, Las de trouver le mal où l’on cherchait le bien ; Plus tard l’esprit dédaigne, et l’âme se défie : Triste philosophie, Qui prend et ne rend rien !
Dès lors, pauvres esquifs, mis à sec sur la grève, Nous n’avons, engourdis dans un pesant sommeil, Ni vent pour nous bercer, ni flot qui nous soulève : Tout a fui comme un rêve Qu’efface le soleil !
Heureux qui goûte alors l’extase où tu nous plonges, Belle Muse, art plus doux que la réalité ! Ne trouvant ici-bas de vrai que tes mensonges, J’ai gardé de mes songes La foi dans ta beauté.
Oh ! que je crois encor ! quand l’humaine pensée, D’un éternel espoir, éternel monument, Dans la forme savante, habilement pressée, Y reluit enchâssée Comme un pur diamant !
Oh ! que j’écoute encor ! quand l’aveugle du Tage, Au branle égal du rhythme, en rêvant entraîné, Devise en mots si doux de son doux esclavage, Et chante son servage Par la voix de René !
Oh ! que j’admire encor ! quand la reine et la mère De nos muses, essaim de sa ruche envolé, Par la terre et les cieux suit sa belle chimère, Du pas des dieux d’Homère Qu’elle a seule égalé !
Alors mes mains encor se joignent, et ma tête S’incline pour saisir jusques aux moindres sons, Et mon genou se ploie à demi, quand je prête, Enchantée et muette, L’oreille à ses leçons !