Versos French Amable Tastu La Véronique

French poem

La Véronique

by (1795–1885)

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Zéphyre seul doit caresser les fleurs. PARNY.

Le jour paraît, Zéphyr s’éveille, Abandonne le sein des fleurs, Où, s’enivrant de leurs odeurs, Il sommeillait depuis la veille. Sur son aile il porta cent fois Aux dieux l’encens d’un sacrifice, Des accords à l’écho des bois. Ce jour, guidé par le caprice, Il voltige dans nos bosquets ; Une eau pure, un ombrage frais, Arrêtent sa course légère ; Il folâtre sur la fougère, Se joue aux branches des ormeaux, Entr’ouvre une fleur printanière, Balance son vol sur les eaux. Cette fleur, hier caressée, Cesse d’être belle à ses yeux ; Las de parfums et de rosée, Zéphyr suspend enfin ses jeux. Mais bientôt son aile inconstante

S’agite, et d’un essor nouveau Il fait plier l’herbe tremblante, Qui frémit au bord du ruisseau. Zéphyr sourit, et l’onde émue Fait gémir l’écho du vallon : Le dieu d’une plante inconnue, Vient d’embellir le frais gazon. Bientôt, de la fleur étrangère Colorant le front délicat, L’azur de son aile légère Lui prête un fugitif éclat : Mais, fleur fragile et passagère, Un instant ternit ta fraîcheur ; Souvent, Véronique éphémère, Un souffle léger de ton père Suffit pour emporter ta fleur. Demain nous chercherons peut-être Ce frêle éclat qui nous séduit : Un jeu du Zéphyr t’a fait naître, Un jeu du Zéphyr te détruit !