French poem
Lai de la Mort d’Amour
by Amable Tastu (1795–1885)
Cy gist amors qui bien amer faysoit, Li faulx amans l’ont jeté hors de vie ; Amors vivant n’est rien que tromperie : Por franc amors priez Dieu, s’il vos plaist. THIBAUD, roi de Navarre.
Merci, gentilles Jouvencelles, M’avez reçu dans le châtel. Soyez-tendres autant que belles, Saurez les chants du ménestrel ; Les retins de mon noble maître, Car ai tout appris dans sa cour ; Vous conterai LA MORT D’AMOUR, Et vous verrai pleurer peut-être !
N’est plus Amour qui bien aimer faisait, Les faux amants l’ont jeté hors de vie ; Amour vivant n’est rien que tromperie : Pour franc Amour priez Dieu, s’il vous plaît !
Que franc Amour avait de charmes ! Quel éclat brillait dans ses yeux ! De sa mort n’avais point d’alarmes, Le croyais au nombre des Dieux.
L’une de vous pourrait connaître Que n’ai point flatté le portrait ; Ne veux pas trahir son secret, Mais la verrai rougir peut-être.
N’est plus Amour qui bien aimer faisait, Les faux amants l’ont jeté hors de vie ; Amour vivant n’est rien que tromperie : Pour franc Amour priez Dieu, s’il vous plaît !
Las ! bientôt, malgré sa jeunesse, Il sentit la faux du trépas ; Accablé d’ennuis, de tristesse, Amour s’éteignait dans mes bras. Voyais sa force disparaître, Ses traits se faner et pâlir ; Un oubli le faisait mourir, Un regard l’eût sauvé peut-être !
N’est plus Amour qui bien aimer faisait, Les faux amants l’ont jeté hors de vie ; Amour vivant n’est rien que tromperie : Pour franc Amour priez Dieu, s’il vous plaît !
Mis en bûcher lettre amoureuse, Serments félons, trompeurs aveux, L’azur d’une écharpe menteuse, Bouquets flétris et blonds cheveux ;
L’astre du soir vint à paraître, Y portai les restes d’Amour. Alors, pour le priver du jour, Mes pleurs auraient suffi peut-être !
N’est plus Amour qui bien aimer faisait, Les faux amants l’ont jeté hors de vie ; Amour vivant n’est rien que tromperie : Pour franc Amour priez Dieu, s’il vous plaît !
Dans un bocage solitaire S’élève la tombe d’Amour ; On verra naïve bergère Y rêver au déclin du jour. Puisse un cœur inconstant et traître
Dans ce lieu passer un moment ! Sur l’albâtre du monument En soupirant lira peut-être :
« Ci-gît Amour qui bien aimer faisait, Les faux amants l’ont jeté hors de vie ; Amour vivant n’est rien que tromperie : Pour franc Amour priez Dieu, s’il vous plaît ! »