Versos French André de Guerne Les Rogations

French poem

Les Rogations

by (1853–1912)

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Voici les aubes printanières, Voici Mai ; voici dans les champs L’ondulation des bannières Aux pâleurs des cierges penchants.

C’est la procession rustique Qui, descendant du bourg voisin, Semble porter le viatique À l’hiver, moribond malsain.

Par les venelles et les sentes Elle serpente à pas pesants Dans l’odeur des sèves puissantes Mêlée aux parfums de l’encens.

Les enfants en robe écarlate Ont des airs de coquelicots, Et quand la voix du chantre éclate Comme un tonnerre aux sourds échos,

La perdrix surprise piète, La caille se tait ; dans le foin Le lièvre gîté s’inquiète Couche l’oreille et part au loin.

Et les vieillards, faces brunies, Et les vierges aux fronts voilés, Aux murmures des litanies Suivent le prêtre, et sur les blés,

Sur les lins bleus qu’un souffle agite, Sur les vignes, sur le sillon Pleut goutte à goutte l’eau bénite De l’argent clair du goupillon.

Vieux culte de la vieille terre, Sacrés espoirs, des ans vainqueurs, Dans la mémoire héréditaire Religion des humbles cœurs !

C’est la grande prière antique Que jadis emportaient les vents Sur les collines de l’Attique Parmi les oliviers mouvants.

C’est ton cortège qui s’avance, Ô Gaia ! C’est, ô Démèter ! L’impérissable survivance De Kora, lorsque fuit l’hiver.

Qu’importe, ô divine nature ! Le nom par l’homme répété, Pourvu que la moisson future Lève et croisse dans la clarté ?

La terre ne sait pas d’où tombe Le rayon qui la visita. Vient-il du ciel ou de la tombe ? De l’Olympe ou du Golgotha ?

Que te fait la lueur qui passe En vacillant sur ton réveil, Toi qui contemples dans l’espace La marche sainte du soleil,

Ô terre qui reçois le germe Et l’enfouis comme un trésor Et, prodigieuse et sans terme, T’épanouis en gerbes d’or ?

Terre indulgente qui déploies Ta robe aux ardentes couleurs Et qui répands toutes les joies Comme des corbeilles de fleurs,

Terre, aïeule auguste, ignorante Des cultes et des dieux humains, Que t’importe la foule errante Dans la splendeur de tes chemins ?

Tu n’entends que le chant de l’onde, L’hymne du vent, la voix du nid. C’est le rayon qui te féconde Et le soleil qui te bénit,

Quand à l’aurore tu t’inclines Sous la main que nul ne peut voir Et quand midi sur tes collines Élève l’énorme ostensoir.