Versos French André de Guerne Leuconoé

French poem

Leuconoé

by (1853–1912)

Listen in the reader

Leuconoé, le soir effleure Le front pourpré des monts sabins ; Le soleil décline ; c’est l’heure Où, fuyant les cirques urbains,

La rue obscène, étroite et chaude, Et le forum et l’air impur, L’amour léger s’empresse et rôde Sur la route allant vers Tibur.

Leuconoé, dans ta litière Tu passes, plus charmante encor Que Vénus, encor plus altière Que Junon. Tes longs cheveux d’or,

Frisés par une main savante, S’étagent sur les bleus coussins. Un éventail de plume évente Les rondeurs blanches de tes seins.

Sous la laine neigeuse et fine, Sous le voile à peine écarté, Le désir éperdu devine Ta glorieuse nudité.

Mais, parmi les mourantes roses S’inclinant au bord des chemins, Tu passes, les paupières closes, Et sous ton col croisant tes mains.

Lasse des voluptés vulgaires, Sans entendre et sans même voir, Le sénateur qui dit : Naguères ! Le chevalier qui dit : Ce soir !

Tu jalouses la brune fille, La fille aux regards ingénus Qui jette en riant sa faucille Et court dans l’herbe, les pieds nus,

Pour porter en la hutte agreste, Quand Vesper endort les forêts, À quelque pâtre de Præneste Un cœur libre et des baisers frais.