Versos French André de Guerne Pluie de Mai, fleurs d’amour…

French poem

Pluie de Mai, fleurs d’amour…

by (1853–1912)

Listen in the reader

Parfois Mai qui brille et parfume, Fatigué d’être radieux, S’habille du manteau de brume Des noirs Novembres pluvieux.

Il frissonne comme un malade Au coin de l’âtre refroidi. Le pinson suspend sa roulade Dans l’ombre du bois engourdi,

L’averse ruisselle ; les merles Tout mouillés font, en s’envolant, S’éparpiller en blanches perles Les gouttes du buisson tremblant.

L’Hamadryade qui s’ennuie, Dans le cœur d’un chêne écarté Fait au Sylvain trempé de pluie, Un peu de place à son côté.

Et l’arbre grave, ému d’entendre Un double baiser l’éveiller, S’effarouche d’un tel esclandre Pour ta pudeur, profond hallier !

Ainsi, comme un printemps morose, L’amour a des matins en pleurs, Si tristes que la pâle rose A l’air de laver ses couleurs.

L’amour comme un oiseau secoue Ses plumes lourdes ; anxieux, Il pleure en voyant sur ta joue Rouler les larmes de tes yeux.

Mais il sait, ô belle ! que l’ombre Est fugitive et que pareil Au tronc divin du chêne sombre S’entr’ouvrira le seuil vermeil ;

Que demain, ce soir, dans une heure, Au premier rayon de l’azur, Le ramier dont le vol effleure Les branchages du bois obscur,

Dans la lumière triomphante, Verra, Dryade dont je suis Le Sylvain, par l’étroite fente Sortir nos deux fronts éblouis.