Versos French André de Guerne Promenade d’Automne

French poem

Promenade d’Automne

by (1853–1912)

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Tous les deux, quand viendra l’automne, Toujours heureux, toujours aimant, Le long d’un chemin monotone Nous marcherons bien lentement.

Traînerons-nous nos pas moroses Dans les parcs encore éblouis Des royales apothéoses Et des triomphes des Louis,

Dans les prodigieux Versailles, Rêve étoile d’un dieu mortel, Temple désert où tu tressailles D’un vague frisson solennel ?

Non ! Loin des arbres à perruques Nous fuirons. Loin des ifs princiers, Préférant sentir sur nos nuques Les âpres griffes des ronciers,

Loin des charmes en esclavage, Des rocailles, des bassins ronds, Dans le bois noir, le bois sauvage, Ô mon amour ! nous marcherons,

Sous les feuilles jaunes qui tremblent Et s’envolent de toutes parts Comme des oiseaux d’or qu’assemblent De mélancoliques départs.

Nous chercherons dans la clairière Où croît l’ombre des troncs pressés L’humble hutte dont la barrière Est faite de roseaux tressés.

Oh ! comme dans l’âtre sans flamme La cendre que le vent rabat Est triste ! Dans l’ombre, une femme Tousse et gémit sur un grabat.

La huche est vide. Ô solitude ! On souffre en ce bouge écarté. Nous prendrons l’austère habitude Du palais de la pauvreté.

Nous y précèderons Novembre, Moi, ton esclave, entre mes bras Portant jusqu’au seuil de la chambre Les choses que tu donneras,

Le pain, les fruits pourprés, la viande, Le sarment d’où jaillit le feu, Le linge embaumé de lavande Et le livre où parle ton Dieu.

Aux ors des frises dédaignées Préférons le réseau que font Les vieilles toiles d’araignées Aux poutres grises du plafond.

Vers la douleur et la misère Allons toujours. Le grand devoir C’est d’ajouter au nécessaire Le vin parfumé de l’espoir,

D’être fraternel, de se dire Qu’on peut, domptant le sort obscur, Consoler avec un sourire Et sauver en montrant l’azur.