French poem
04 (Au retour de la guerre et…)
by André Theuriet (1833–1907)
Au retour de la guerre et tout poudreux encore, Le bien-aimé heurtait à la porte sonore :
— Pan ! pan ! — L’aube a rougi, Et ta porte est fermée ; Viens ouvrir, bien-aimée, À ton ami.
Entends-tu l’hirondelle ? N’as-tu donc pas, ma belle, Assez dormi ?
Il entra ; mais l’enfant dans un froid lit de planches Reposait, le front ceint de violettes blanches.
— Le sommeil a blêmi Tes vives couleurs roses ; Rouvre tes lèvres closes Pour ton ami. Écoute ! le coq chante : N’as-tu donc pas, méchante, Assez dormi ?
Le cercueil de sapin gisait sur la civière ; Lui n’y voulait pas croire et disait à la bière :
— Tu voiles à demi Ton front… Que peux-tu craindre ? As-tu donc à te plaindre De ton ami ? Ah ! réveille-toi vite ! N’as-tu, pauvre petite, Assez dormi ?
On l’emportait. Déjà dans la nef blanche et noire Les psaumes résonnaient… Il n’y voulait pas croire :
— Vois, le jour a grandi, Et le soleil boit l’ombre ; Mais sans toi tout est sombre Pour ton ami ! Quand tout luit et bourdonne, Quoi ! n’as-tu pas, mignonne, Assez dormi ?
Elle était dans la fosse, et lui doutait encore… Quand le gravier bondit sur le cercueil sonore : — Ah ! Dieu, tout est fini ! Au tombeau, mon aimée, Qui t’a donc enfermée Sans ton ami ? Mourons, et qu’on m’enterre ! Mon âme a sur la terre Assez dormi.