French poem
04 (Le bois est reverdi…)
by André Theuriet (1833–1907)
Le bois est reverdi, Une lumière douce Sous la feuille, à midi, Glisse et dore la mousse. On dirait qu’on entend Le bourgeon qui se fend Et le gazon qui pousse.
Sur le bord des étangs Où tremblent les narcisses, Les trèfles d’eau flottans Entr’ouvrent leurs calices. Piverts et grimpereaux Meurtrissent des bouleaux Les troncs pâles et lisses.
La fauvette au buisson Murmure une romance, Courte et leste chanson Qui toujours recommence. Grives, pinsons, linots, Merles et loriots, Répondent en cadence.
O pénétrante voix De la saison bénie ! Partout vibre à la fois La tendre symphonie ; Tout s’égaie aux entours. Les bois sont pleins d’amours, De fleurs et d’harmonie.
Mais dans la profondeur Du taillis qui bourdonne, Comme un écho pleureur, Une note résonne : Du coucou désolé C’est l’appel redoublé, La plainte monotone.
Quand les nids en émoi Tressaillent d’allégresse, Savez-vous, dites-moi, Pourquoi cette tristesse ? Pourquoi ce long soupir Qui semble toujours fuir, Et qui revient sans cesse ?…
Des saisons d’autrefois Et des morts qu’on oublie, Mes amis, c’est la voix Dans l’ombre ensevelie ; Au soleil, à l’air bleu, Elle envoie un adieu Plein de mélancolie.
Elle dit : « Rameaux verts, Songez aux feuilles sèches ! Blondes filles aux chairs Roses comme les pêches, Amoureux de vingt ans, Enivrés de printemps, Songez aux tombes fraîches ! »