Versos French André Theuriet Veronica 2

French poem

Veronica 2

by (1833–1907)

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Tandis que l’hiver à ma porte Se lamente, un songe m’emporte Vers le gai printemps d’autrefois. Et le souvenir fait revivre Sur mes vitres blanches de givre Nos promenades dans les bois.

Et sous les arcades lointaines Des bouleaux penchés et des frênes Que berce le vent du matin, Je crois revoir l’enchanteresse Qui garde depuis ma jeunesse Mon cœur dans sa mignonne main.

À l’époque où le muguet pousse, — Ô souvenance triste et douce ! — Un jour, à travers la forêt. Nous cheminions. La tourterelle Chantait, et mon amour, comme elle. Au fond de mon cœur soupirait.

Nos pas erraient à l’aventure. Tout autour de nous, la nature Paraissait prise d’un frisson : Les hêtres inclinaient leurs branches, Et sur leurs tiges les pervenches Se haussaient le long du buisson.

Au bord des étangs solitaires, En la voyant, les salicaires Semblaient se réveiller soudain Et se répéter à voix basse : « Voici la jeunesse et la grâce Qui s’avancent dans le chemin. »

Sur la feuillée épanouie, Tout à coup une fine pluie Descendit du ciel assombri, Et sous une hutte voisine, Au toit moussu tout en ruine, Nous courûmes chercher abri.

Pauvre demeure, et pourtant chère ! L’averse menue et légère D’un bruit frais remplissait le bois ; Au loin, les cloches de la ville Résonnaient, et dans notre asile Le vent d’est apportait leurs voix.

Elles semblaient me chanter : — Ose ! Parle ! — Et ma bouche longtemps close S’ouvrit pour dire que j’aimais… Aussitôt sa main frémissante Referma ma lèvre tremblante Avec ce simple mot : — jamais !

Jamais ! — Sur mon visage encore Je sens, comme un feu qui dévore, Le contact de ses petits doigts… Jamais ! — Nous quittâmes la hutte. — On entendait comme une flûte Le loriot au fond du bois.

Elle écoutait, pâle, oppressée ; On devinait qu’en sa pensée Un cruel combat se livrait. Ses yeux essayaient de sourire. Et nous suivions sans rien nous dire La lisière de la forêt.

Jamais ! — Les bouleaux et les charmes Secouaient leurs branches en larmes, Et les rossignols des entours Modulaient dans l’ombre des chênes L’hymne des incurables peines Et des impossibles amours.