French poem
À mes amis G. N. et A. S
by André Van Hasselt (1806–1874)
Vivez heureux, vous que je laisse, Ô mes amis, là-bas, là-bas, Ô cœurs dont je sais la noblesse, Esprits purs de toute faiblesse, Pieds fermes qui ne bronchez pas.
Vivez heureux. Que Dieu vous donne Tous les bonheurs à pleines mains. Que votre ciel toujours rayonne, Et du printemps, dans votre automne, Que les fleurs jonchent vos chemins !
Vous, pour qui rien n’est éphémère, L’amitié ni le souvenir, Laissez-moi courir ma chimère Et marcher dans la route amère Où je cherche en vain l’avenir.
Foulez ces rives fortunées Où fleurissait, de Dieu béni, L’arbre de mes jeunes années, D’où tant d’illusions fanées Tombent sur mon gazon jauni.
Au bord du fleuve semé d’îles, Où, malgré Gessner, je rêvais Enfant tant de fraîches idylles, Coulez, amis, vos jours tranquilles Loin des sentiers noirs où je vais.
Laissez-moi suivre mes mirages, Où peut-être je cours en vain ; Et que pour vous, loin des orages, Chante toujours sous vos ombrages Le bonheur, cet oiseau divin.
Mais dans votre âme fraternelle Songez parfois à votre ami Quand les autans battent son aile. La mort c’est l’absence éternelle, Et l’absent est mort à demi.