French poem
L’impôt sur la rente
by Aristide Bruant (1851–1925)
Moi, j’m’appelle l’Petit Julot, Mon beau-frèr’ s’appelle l’Gros Charles, On la connaît, on est des marles, Comme autrefois Mosieur Trublot. Eh ben, dernièr’ment, nous causions De c’projet d’loi qui les tourmente Et tous les deux nous nous disions : — I’ n’faut pas toucher à la rente
Imposer la rente !… et pourquoi ? Je m’demande où qu’est l’avantage, V’là t’i’ qu’ça s’rait d’la belle ouvrage ! Tout l’mond’ gueul’rait après la loi. Aussi, je l’dis : C’est mon oignon, La République est pas contente. Pour avoir encor’ son pognon, I’ n’faut pas toucher à la rente.
I’s nous cour’ avec leurs projets, Leurs amend’ments et leurs cédules. Vrai, j’aurais pas tant de scrupules Pour équilibrer nos budgets. Moi, pour avoir des capitaux, Ej’ commenc’rais par mettre en vente Tous les couvents… tous les châteaux… Mais je n’touch’rais pas à la rente.
Il a raison, Mosieur Rouvier, Il est vraiment pas à la s’cousse, I’ leur a dit la chose en douce, Comme un homm’ qui sait son métier. I’ s’en moque d’l’impôt global, I’ dit qu’ça lui donn’ la courante Et qu’pour avoir le capital, I’ n’faut pas toucher à la rente.
Juillet, 1896.