French poem
L’impôt sur le revenu
by Aristide Bruant (1851–1925)
Ben quoi qu’t’en dis d’not’ ministère ? Non, mais, crois-tu qu’il est d’achar ? I’ veut pas s’laisser fout’ par terre ! N’en v’là z-un qui dirige l’char Ed’ l’État sans faire des épates. Tu sais ben qu’il est parvenu À r’foute l’budget su’ ses pattes, Grâce à l’impôt su’ le r’venu.
Et c’était pas un’ mince affaire, I’paraît qu’yavait du turbin, C’lui d’avant pouvait pas y faire, I’s’rait fait envoyer au bain. Tandis que l’nôtre, à la bonne heure ! I’fait comme il avait conv’nu, I’démolit l’assiette au beurre, Grâce à l’impôt su’ le r’venu.
Vois-tu c’est l’impôt qui remplace Les port’ et fnêt’… et j’suis content À caus’ de cell’ que j’porte en face Du trou qu’est dans mon culbutant. Minc’ qu’i’ va respirer l’bien-être Quand, sans payer, mon pauv’ cul nu Pourra mettr’ son nez à la f’nêtre, Grâce à l’impôt su’ le r’venu.
Bref, aujourd’hui, la route est belle, À part quèqu’s petits empêch’ments D’danser, au son d’la ritournelle, Avec les aut’s gouvernements. On peut supporter la critique Et chanter, sur un air connu : Elle est sauvé’, la République, Grâce à l’impôt su’ le r’venu.
Mars, 1896.