French poem
Marida
by Aristide Bruant (1851–1925)
À la mairi’ la noce arrive. Le marié plein… soûl comme un’ grive, S’met à chanter : « Gai… marions-nous ! Gai… mettons-nous la corde au cou. » Le mair’, bonn’ gueul’ républicaine, Disait aux témoins : « J’comprends ça… Mais ram’nez-le la s’main’ prochaine, J’peux pas l’marier dans c’t état-là. »
— Oh ! Mossieu, disait la mariée Qui paraissait très contrariée, Nous somm’ ensembl’ depuis sept ans… Nous avons déjà huit enfants ! Et la bonn’ gueul’ républicaine Disait : « Oui, j’comprends bien tout ça… Mais ram’nez-le la s’main’ prochaine, J’peux pas l’marier dans c’t état-là. »
Huit jours après la noc’ rapplique. Le marié, soûl comme un’ bourrique, Chantait toujours : « Gai… marions-nous ! Gai… mettons-nous la corde au cou. » Et la bonn’ gueul’ républicaine Disait : « Ah ! non, j’comprends pas ça, J’crois qu’il est plus soûl qu’l’autr’ semaine. J’peux pas l’marier dans c’t état-là. »
— Mais, Mossieu, disait la mariée Qui paraissait très contrariée, Quand i’ n’est pas dans c’t état-là, I’ dit qu’i’ s’fout du marida, Qu’i’ veut rester concubinaire, Qu’i’ veut pas s’mett’ la corde au cou. Bref, vous comprenez, Mossieu l’maire, I’ veut s’marier qu’quand il est soû.