Versos French Aristide Bruant Le Bœuf gras

French poem

Le Bœuf gras

by (1851–1925)

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Dis donc, tu sais pas la nouvelle ? Paraît que l’cons’ municipal, D’accord avec Mossieu Poubelle, I’s vont r’commencer l’carnaval. C’est une idée, ya pas à dire, On va rigoler… tu verras… Ça va marcher comm’ sous l’Empire. V’là qu’on nous ramène l’bœuf gras !

Et pis tu vas voir el’cortège : El’bœuf qu’est gras comme un cochon, Et pis l’amour, blanc comm’ la neige, Avec son arc en tir’-bouchon, Et pis des dieux et des négresses, Des rein’s, des tétons, des appas… On va n’en voir des pair’s de fesses… V’là qu’on nous ramène l’bœuf gras !

Et des princ’s, des ducs et des pages, Des ch’valiers avec leur écu, Et des louchersbem, en sauvages, Qui vont guincher l’soir au pinc’cul Avec des gonzess’s en Apaches… Non, mon vieux, ça m’épat’rait pas Quand on rouvrirait l’bal des vaches… V’là qu’on nous ramène l’bœuf gras…

El’gouvernement qu’est pas gnole S’a dit comm’ça : « Mon vieux colon, C’est pas trop tôt que l’peup’ rigole Dedpuis l’temps qu’i’ paye l’violon. » Alors, en avant la musique ! On va n’en pousser des hourras Et gueuler : « Viv’ la République ! » V’là qu’on nous ramène l’bœuf gras !

Février, 1896.