Versos French Aristide Bruant Rose Blanche

French poem

Rose Blanche

by (1851–1925)

Listen in the reader

Alle avait, sous sa toque d’martre, Sur la butt’ Montmartre, Un p’tit air innocent ; On l’app’lait Rose, alle était belle, A sentait bon la fleur nouvelle, Ru’ Saint-Vincent.

On n’avait pas connu son père, A n’avait pus d’mère, Et depuis mil neuf cent, A d’meurait chez sa vieille aïeule Où qu’a s’él’vait, comm’ ça, tout’ seule. Ru’ Saint-Vincent.

A travaillait, déjà, pour vivre, Et les soirs de givre, Sous l’froid noir et glaçant, Son p’tit fichu sur les épaules, A rentrait, par la ru’ des Saules, Ru’ Saint-Vincent.

A voyait, dans les nuits d’gelée, La nappe étoilée, Et la lune, en croissant, Qui brillait, blanche et fatidique Sur la p’tit’ croix d’la basilique, Ru’ Saint-Vincent.

L’été, par les chauds crépuscules, A rencontrait Jules Qu’était si caressant Qu’a restait, la soirée entière, Avec lui, près du vieux cim’tière, Ru’ Saint-Vincent.

Mais le p’tit Jul’ était d’la tierce Qui soutient la gerce, Aussi, l’adolescent Voyant qu’a n’marchait pas au pantre, D’un coup d’surin lui troua 1’ ventre. Ru’ Saint-Vincent.

Quand ils l’ont couché’ sous la planche, Alle était tout’ blanche Mêm’ qu’en l’ensev’lissant, Les croqu’-morts disaient qu’la pauv’ gosse Était claqué’ l’jour de sa noce. Ru’ Saint-Vincent.

Alle avait, sous sa toque d’martre, Sur la butt’ Montmartre, Un p’tit air innocent ; On l’app’lait Rose, alle était belle, A sentait bon la fleur nouvelle, Ru’ Saint-Vincent.