French poem
Serrez vos rangs
by Aristide Bruant (1851–1925)
La voix du canon résonne, L’air, tout empoudré, frissonne : Serrez vos rangs ! mes enfants ! C’est le cri de la mêlée Et l’écho de la vallée Répète : Serrez vos rangs !
On marche au pas gymnastique, La fièvre se communique Par les yeux étincelants. On croise la baïonnette Et chaque officier répète : En avant ! Serrez vos rangs !
On avance… La mitraille Fait la part de la bataille, On enjambe les mourants. Gloire à celui qui succombe ! Dit le commandant qui tombe En criant : Serrez vos rangs !
Commandant et capitaine Sont là, couchés dans la plaine, Il reste les lieutenants. Allons ! dit l’un d’eux qui crie : Pour l’honneur et la patrie ! Avancez ! Serrez vos rangs !
Le plomb crève les poitrines, Le sang creuse des ravines. La rude voix des sergents Couvre l’ouragan des balles, On entend, par intervalles : Sacrebleu ! Serrez vos rangs !
Sans officiers et sans guides, Ils avancent… intrépides. Un caporal de vingt ans, Rassemblant les escouades, Leur dit : Allons, camarades, Pour mourir… Serrez vos rangs !
Sous les éclats de la foudre On vit tomber, noir de poudre, Le dernier de ces vaillants, Il cria : Vive la France ! Et l’écho répondit : France !… En avant !… Serrez vos rangs !…