French poem
Toutou
by Aristide Bruant (1851–1925)
Dans son lit le bourreau dormait. À côté, le brave caniche Faisait une place, en sa niche, Au pauvre bébé qu’il aimait. Et le petit prenant la tête, En jetant ses deux bras au cou Du bon chien, disait à la bête : « Bonsoir, Toutou, mon bon Toutou ! » Alors, heureux de se sentir Caressé par la chaude haleine, Le bambin oubliait sa peine, Il sommeillait, l’enfant martyr ; Il reposait sa tête blonde Près de celle du bon ami, Du chien, plus humain que le monde, Qui veillait sur l’ange endormi, Qui léchait la petite main Et, cautérisant la brûlure, Cherchait à panser la blessure Que l’homme ouvrait le lendemain. Aussi l’âme du petit être, En s’envolant on ne sait où, Murmurait : « À bientôt, peut-être ; Bonsoir, Toutou, mon bon Toutou ! »
Comme je t’aime, brave ami, Brave Toutou fidèle. Et comme On doit te préférer à l’homme, Au traître, au fourbe, à l’ennemi Qui t’empoisonne à la fourrière, Ou qui te met la pierre au cou Pour te jeter à la rivière… Pauvre Toutou… mon bon Toutou !
Décembre, 1896.