French poem
Ta Gueule !
by Aristide Bruant (1851–1925)
Un jour, en correctionnelle, Mossieu le Président Dupont Demande comment on l’appelle À l’accusé qui ne répond. Alors, le Président, bonhomme, Reprend : — Voyons, Bibi-la-Peau, Dites-nous comment l’on vous nomme,
L’ACCUSÉ : Ta gueule, eh veau ! Le Président eut un sourire… C’était un réjoui bontemps, Très amateur du mot pour rire, Très gai, malgré ses soixante ans : — Ah ! vraiment ! dit-il, elle est forte ! Mais qu’avez-vous donc dans la peau Pour vous exprimer de la sorte ?
L’ACCUSÉ : Ta gueule, eh veau ! Du bout du banc de la défense, L’avocat, maître Gagnerien, Criait… réclamait l’indulgence. Hurlait : — Messieurs, comprenez bien : Mon client a perdu la tête. C’est un pauvre bougre… un fourneau… Il est insolent mais honnête !
L’ACCUSÉ : Ta gueule, eh veau ! Lors, se levant, le ministère Public dit à Bibi-la-Peau : — Je vous conseille de vous taire, Car c’est vous qui faites le veau… Et, malgré vos airs de bravache, On va vous mettre à la raison :
(Au Tribunal : ) Je requiers deux ans de prison…
L’ACCUSÉ : Ta gueule, eh vache !