French poem
Sur Bordeaux
by Aristide Bruant (1851–1925)
Que pourrais-je bien vous écrire Sur Bordeaux, mon cher Berthelot ? J’y fus si peu… mais, à vrai dire, J’y fus comme le matelot De la chanson : Bonne cuisine, Les meilleurs crûs du meilleur vin, Puis, et surtout, la vieille fine
Du chapon fin. Ceci n’est pas une réclame, Mais je veux l’écrire en passant ; Quand on dîne bien, on le clame En estomac reconnaissant. Certes, j’aime toute la France, Ses montagnes, ses villes d’eaux, Mais je donne la préférence À votre Gironde… à Bordeaux, Au citadin qui vous accueille Le verre en main, le rire aux yeux, Et dont la gaieté sent la feuille Du cep planté par ses aïeux ; À sa franche et joyeuse mine ; À ce gai Bordelais, enfin, Auquel on doit la vieille fine
Du chapon fin.
En désirez-vous des louanges ? En voilà, mon cher Berthelot. Sur ce, pressez bien les phalanges De l’ami Toché-Gorenflot. Il habite dans la cuisine Où, plus heureux qu’un séraphin, Il déguste la vieille fine,
Au chapon fin.