Versos French Auguste Gilbert de Voisins A Un Clown

French poem

A Un Clown

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Clown étrange, nourri des rimes de Banville Et drapé largement de satin réséda, Qui ravis à la fois et la cour et la ville Et la forte nourrice et le petit soldat! Quelles rimes millionnaires de ballade Décriraient justement le merveilleux entrain Que tu mets à jouer cette pantalonnade De ton invention sans te casser les reins? En te voyant, je crois revoir un oiseau rare Dont le plumage vert et le panache blanc Font une symphonie à tout le moins bizarre Qui charme les jardins tropicaux de Ceylan. Tes jeux malicieux de force et de féerie, Quel sonnettiste fou les chantera jamais? Et qui dira le son de ta voix ahurie Quand tu parles d’amour avec l’accent anglais? Tu marches gravement, mais ton beau nez qui flambe Dément cet air profond... A quoi réfléchis-tu? Pourquoi donc, cher ami, te grattes-tu la jambe? Quel songe te séduit sous le bonnet pointu? --Tout à coup, tu bondis... Un cri d’énergumène A jailli de ta bouche, un éclair de tes yeux, Et tu parcours la piste blonde, ton domaine, Entremêlant la volte et le saut périlleux. Sous quel astre insensé le ciel t’a-t-il fait naître? A quel philtre secret ta lèvre a-t-elle bu, Pour que tu sois brûlé par l’ambition d’être Roi de la turlutaine et du tohu-bohu? Tu t’exprimes souvent en une obscure langue, Et ta cocasserie a plus de verve encor, Aux heures où tu fais d’impayables harangues Par la matassinade alerte de ton corps. Tu passes en légèreté la sauterelle, La liane en souplesse, en imprévu zéphyr... Tu te renverses, tu te fends, tu t’écartèles, Puis, soudain, tu t’assieds et pousses un soupir. --Maître bouffon! ta farce est de vertu si fine Et tu mets tant de grâce en cet imbroglio, Que, malgré ton déguisement, l’on s’imagine Voir revivre, un instant, Puck et Fantasio. La valse de tes entrechats est un poème Que nous scandent tes pieds, sur vingt rythmes divers, Et je retrouve en ta plastique ce qu’on aime Dans les gestes du vent et la courbe des vers. Par cette fête de gambades délicates, Tu relèves tous les rôles de ton emploi: Poète-pantalon et rêveur-acrobate, Mais, maintenant, mon pauvre ami, repose-toi! On sonne la retraite et, dans quelques minutes, Le cirque sera noir. Le spectacle est fini. Va-t’en laver ta face et gagne en trois culbutes L’espace interstellaire où Banville te vit. Allons! va te coucher! tu rêveras de choses Charmantes, de femmes pâles qui t’aimeront, De jets d’eau, de paons bleus, de guitares, de roses, Et les anges de Dieu te baiseront au front. Ils veillent au chevet du petit lit de sangle Où tu t’es allongé, fatigué par ton art, Loin de ces gens assis que tes farces étranglent, Sans travestissement, sans public... et sans fard.