French poem
A Une Dame De Fantaisie
--Tu souris, deux doigts sur la tempe... Ecoutons les heures s’enfuir, Considérons la belle estampe Où sont gravés nos souvenirs, Imaginons des choses folles, Sans suite et sans utilité... L’été convient à ces paroles Qui conviennent aux soirs d’été. --Ma fantaisie est diaphane, Nul chagrin n’ose la ternir, Pourtant notre bonne Sœur Anne S’obstine à ne rien voir venir; Le crépuscule subtilise Cendrillon qui tient son fuseau... Un oiseau passe avec la brise Et la brise emporte l’oiseau. --La Dormeuse a su me séduire Qui reposait au fond du Bois; En rêvant, elle eut un sourire Comme pour l’amant d’autrefois; Des affinités électives M’ont fait parler à cœur ouvert... Dans l’arbre vert jasent des grives, Douze grives dans l’arbre vert. --Docte astrologue, son Altesse Prospero regarde le ciel Et confond sans délicatesse Caliban avec Ariel; Le Prince Charmant se pavane Comme s’il était déjà roi... Près de toi, une fleur se fane, Une fleur moins belle que toi, --Alexandre V d’Utopie Epouse Elvire de Thulé, Dans le parc humide, une pie Se joint aux chants du jubilé Car la hideuse reine-mère Vient d’avoir quatre-vingt-dix-ans Et, les courtisans sachant plaire, On imite les courtisans. --Gulliver, entravé de chaînes, Epouvante encor Lilliput; Les tourterelles du grand chêne Vocalisent vers le contre-ut, Et, dans le jardin d’Isabelle Dont nous encensent les jasmins, La main de cette tendre belle Tendrement se noue à mes mains. --Arlequin baise Colombine, Pierrot capture un oiseau d’or; L’étang de saphir où s’incline La sylphide frissonne encor... O toi qu’un son de flûte enchante Et qu’un rêve toujours conduit, Vois, la nuit pleure, et chaque plante Retient un des pleurs de la nuit! --Ispahan a toutes ses roses, Samos est parfumé de thym, Les fleurs de Cadix sont écloses Et Florence embaume au matin, Tandis que, sur la rouge terre De Sicile où les fruits sont mûrs, Les murs ont appelé le lierre Et le lierre a couvert les murs. --Tu m’avais dit qu’aux heures grises Tu me joindrais sur le gazon; Pour toi, j’abandonnai Denise, Estelle, Armande et Louison, Et, bien que j’eusse laissé veuve Agnès qui, jadis, me dupa, Je ne vis pas sur l’herbe neuve La trace neuve de tes pas. --Que veux-tu que je dise encore? Le roi de Chypre te plaît-il? La bayadère de Mysore A-t-elle un art assez subtil? Veux-tu que, chaussé de babouches Et tenant en main son carquois, Un dieu chinois baise ta bouche, Ta bouche au sourire chinois? --Veux-tu des opales, des perles, Tous les trésors du Grand-Mogol? Veux-tu le ramage des merles Ou les hymnes du rossignol? Veux-tu des vers ou de la prose? Dis-moi, chère ce que tu veux... Au coin de ta lèvre, une rose, Ou des roses dans tes cheveux? --Mais non! tu n’écoutes qu’à peine Ce bavardage superflu: Rêves perdus, paroles vaines! Mes vers fantasques t’ont déplu, Car, dans ce mauve crépuscule Qui sied bien au ton de ta chair, Tu remplis d’air de vastes bulles Et les bulles crèvent en l’air.