Versos French Benjamin Sulte La Cloche

French poem

La Cloche

by (1841–1923)

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Qui ne se souviendrait du temps de la jeunesse, De ces jours où l'espoir attisait la gaîté, Et quel est le passé qui jamais ne renaisse, Pourvu qu'on ait le coeur placé du bon côté?

Or, dans mes souvenirs, il en est un, peut-être, Que mes vieux compagnons ne méconnaîtront pas. Il vient comme un oiseau vibrer à ma fenêtre, Ou me joint dans la foule et s'attache à mes pas.

C'est le son de la cloche appelant à l'église Tout ce peuple affairé que Dieu comble d'amour, Et qui, simple, s'en va, dans sa plus belle mise, Lui payer le tribut de son septième jour.

Ce chant ne frappe plus aujourd'hui mon oreille. J'ai quitté les amis de mon temps d'autrefois. Tout un monde nouveau m'environne et réveille Tout ce monde lointain que j'ai vu tant de fois.

Mais dans votre village, en ce lieu solitaire, Où mon pas voyageur semble dépaysé, N'ai-je pas reconnu, dans son accent sévère, La cloche qui sonna quand je fus baptisé!

Où donc avez-vous pris ce clairon qui m'appelle? C'est le timbre, la voix du cuivre de «chez nous.» Vous ne comprenez pas tout ce qu'il me rappelle, Et combien j'aimerais à l'entendre à genoux!

Est-il vrai que le coeur se montre plus sensible En raison de l'espace et du temps disparu, Et que, plus on vieillit, plus la pente terrible Nous rend cher le passé, ce chemin parcouru?

Pourquoi faut-il vieillir! s'en trouve-t-on plus sage? Nos traces ici-bas se comptent par regrets. Puis la gaîté s'envole... oh! les «glaces de l'âge» Ne sont pas un vain mot dont on rira jamais.

L'homme existe si peu. Bienheureux s'il espère. Heureux s'il se souvient et chérit le passé. Sa vie est brusquement ramenée en arrière Par un mot, un objet, un son vite effacé.