Versos French Édouard Dubus Bouquetière

French poem

Bouquetière

by (1864–1895)

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Elle trotte menu par les grands boulevards Haussant au nez des gens sa corbeille fleurie. Son babillage d’une exquise effronterie Déride les bons vieux solennels et bavards.

Cette ravissante et mignonne poupée Aux yeux pervers sous un blond fouillis de cheveux, Cambrant sa taille avec un coup de reins nerveux Dans le reps défraîchi d’une robe fripée.

Elle a l’air déluré d’un gamin de Paris, Le teint rosé de fard comme une vieille garde Son mince fichu bâille un peu, pour qu’on regarde Ses petits seins aigus blancs de poudre de riz.

Prenez-vous mes œillets, mes beaux messieurs, dit-elle, En lançant des regards polissons aux gommeux ; Je n’en ai pas toujours qui fleurent bon comme eux, Mes feuillages sont fins comme de la dentelle.

J’ai des bouquets qui font pâlir les falbalas, Mesdames, vous plaît-il d’embaumer vos toilettes ? Gardenias, muguet, mimosas, violettes, Lilas rouges, lilas blancs, et lilas lilas.

Et gazouillant les noms de ses fleurs, la fillette Se glisse dans la foule épaisse, s’attachant À retenir, avec un sourire alléchant, Les bourgeois égrillards à la panse replète.

Mais elle aime les vieux solennels et bavards Qui lui parlent, l’œil vif, et la mine fleurie En lui pinçant la taille avec effronterie Lorsque le soir descend sur les grands boulevards.