French poem
Chanson pour la trop tard venue
by Édouard Dubus (1864–1895)
La Belle, qui voulez au bois cueillir la fraise, Savez-vous pas que la cueillette est déjà faite ? On est venu : ce fut un jour de folle fête, Les mains ivres, la bouche en feu, les yeux de braise ;
Allez, la Belle, en d’autres bois cueillir la fraise.
On dansa tant après avoir cueilli la fraise, Que la terre naguère en fleurs est nue et dure ; Le soir, un vent d’orage a brûlé la verdure, Le feuillage sur vous bruit couleur de braise ;
Allez, la Belle, en d’autres bois cueillir la fraise,
Telle ne revint plus, qui fut cueillir la fraise : Entendez-vous donc pas comme le fourré bouge ? C’est par ici que le Petit-Chaperon-Rouge A rencontré le méchant loup aux yeux de braise.
Allez, la Belle, en d’autres bois cueillir la fraise.