French poem
Naufrage
by Édouard Dubus (1864–1895)
De bons aventuriers entendirent la mer, Dont les flots soupiraient : « Abandonnez la grève, Nous vous emporterons vers des îles de rêve, Où jamais un réveil n’a de sourire amer. »
Un soir que dans l’azur palpitaient tous les astres, Ils ont gaîment appareillé vers l’inconnu, Et c’était fête à bord quand l’orage est venu Précipiter sur le vaisseau tous les désastres.
La tourmente les a jetés près d’archipels, Dont les bois exhalaient de vagues symphonies Et des parfums chargés de langueurs infinies, Accompagnant des voix aux magiques appels.
C’était le chant suave et mortel des sirènes, Qui s’avançaient, avec d’ineffables lenteurs, Les bras en lyre et les regards fascinateurs, Dans les râles du vent divinement sereines.
Les naufragés déjà sombrés se révoltant, Luttaient contre la mort à mains désespérées ; Elles, les enlaçaient sur les vagues cambrées Et les ensorcelaient de ciel pour un instant,
Puis les jetaient sans âme aux rages de la mer, Qui soupirait jadis : « Abandonnez la grève, Mes flots vous berceront vers des îles de rêve, Où jamais un réveil n’a de sourire amer. »