French poem
Vaine joie
by Édouard Dubus (1864–1895)
Je demeure le saule aux rameaux toujours verts Qui, l’écorce rugueuse et dure, semble avide De vivre, et dès jadis se corrompt et se vide Le cœur mystérieusement rongé de vers.
Le Spleen est à la mode, il en devient stupide, Je le conserve au fond de moi comme un secret, Si je posais au pessimiste on en rirait Comme des airs piteux d’un toutou qu’on lapide.
Pourquoi mettre ma plaie à nu ? — Pour l’aviver ? Je ne suis pas d’humeur à vêtir la défroque De Paillasse, pour vous narrer d’un ton baroque :
J’ai des filles à prendre et des vins à cuver Comme vous tous ; je ris, et il me déplaît qu’on voie Toute l’inanité cruelle de ma joie.