Versos French Édouard Ducoté Léandre

French poem

Léandre

by (1870–1929)

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J’étais sculpteur : croyant que l’art n’est point dans la copie servile, j’ai laissé à Myron sa renommée facile et son public de sots admirateurs.

Sa génisse d’airain abusait les bergers ; l’aiguillon à la main, ils venaient la toucher ; les taons se collaient après elle, les veaux se suspendaient à ses mamelles et les taureaux en rut l’assaillaient, mugissants.

Au temps de ma jeunesse j’avais dans le Paros éblouissant taillé la forme nue d’une Déesse. Mais, lorsqu’à mes amis j’eus découvert mon œuvre, je lus l’envie de ce corps dans leurs yeux. Je saisis un marteau et mutilai le marbre pour expier l’erreur involontaire d’avoir tendu l’artifice d’un piège aux désirs que peut seule assouvir une femme.

Et dès lors mes statues n’ont jamais suscité que cette joie sereine et désintéressée germant au pur soleil de la beauté.