French poem
Mélissias et Mésomède
by Édouard Ducoté (1870–1929)
MÉSOMÈDE Tandis que nous vivons notre belle jeunesse, crois-tu que chaque instant nous éloigne un peu d’elle ?
MÉLISSIAS Crois-tu qu’un jour viendra où nos yeux attristés ne nous verront plus tels que nous avons été ?
MÉSOMÈDE Y aura-t-il une heure où la voix de la foule nous nommera vieillards ? et que répondrons-nous ?
MÉLISSIAS Vieillards ? ce mot, pourrons-nous le comprendre, nous qui aurons vieilli ensemble ?
Ainsi parlions-nous quand notre amour timide tremblait au seuil de l’avenir, comme au bord du nid s’effarouche l’oiselet penché sur le gouffre. Depuis, nous avons longtemps marché côte à côte ; nos cheveux ont quitté l’éclat des blonds maïs pour la blancheur nacrée du plumage des cygnes, mais nous n’avons pas vu cette métamorphose et nous étions très jeunes quand nous avons péri.