French poem
Ménodote
by Édouard Ducoté (1870–1929)
Sais-tu pourquoi dans la nature toute chose s’efforce à l’emporter et lutte ? Comprends-tu le mystère de ces champs de bataille que sont la terre et le ciel et la mer où toujours le plus faible nourrit de son cadavre son impitoyable vainqueur, vaincu demain ? Tu devines pourtant que la nécessité en menant l’univers par un sanglant chemin tend à réaliser la suprême unité, la Force consciente, immuable et parfaite.
Du suc des plantes et de la chair des bêtes qui d’abord s’entredévorèrent, tu tires l’aliment nécessaire à ton corps. Sous les jardins en fleurs doit pourrir un terreau, et il faut des martyrs pour qu’un héros se lève.
La part de la victime est la plus glorieuse ; qu’à l’holocauste saint elle s’offre avec orgueil. La révolte est vaine folie et sacrilège. Ne parle pas de la justice ; tu invoques ce mot pour fuir ton sacrifice. Ce que tu nommes juste est peut-être l’injuste. Justice ? Où la vois-tu ? Et tout marche à son but.
Innocent du crime qu’on m’impute, moi, Ménodote, je péris. Dans la cité, ma mort a ramené la paix. Infime citoyen, je sers dans ma mesure à la grandeur de ma patrie, puisque ainsi je la satisfais.