French poem
Ménestrate
by Édouard Ducoté (1870–1929)
Combien ai-je compté de gens qui, jusqu’au bout de la vieillesse, s’obstinant à poursuivre le vent, sont exténués et se plaignent de ne pouvoir le retenir entre leurs doigts.
Pourquoi ne point s’arrêter en soi d’abord, au lieu de courir au hasard ? Le bonheur n’est pas ici, il n’est pas là, il se trouve où chacun le place.
Il suffit de s’interroger et de choisir ; chacun, selon son sang, a d’intimes désirs. Tant pis pour qui demande l’impossible si son rêve est impuissant à lui suffire !
Satisfais-toi du peu que tu tiendras d’abord ; l’arbuste devient arbre et donne une récolte quand ton amour l’a cultivé ; mais attends-toi sans cesse aux vents et aux gelées.
Chacun son goût ; aux uns la ville, aux autres le voyage et aux autres les camps ; moi, j’ai vécu paisiblement dans ma maison rustique au milieu de mes vignes.