French poem
Naïvetés enfantines
by Étienne Eggis (1830–1867)
Quand j’avais dix-huit ans je croyais que les grès Qu’un peuple jette aux rois cimentent le progrès ; Je croyais qu’il est beau, sur la place publique, De crier, l’arme au poing : Vive la République ! J’aurais voulu mourir dans ma naïveté Pour la démocratie et pour la liberté ; Le peuple était pour moi ce champ encore en friche Où germe l’avenir dans un sol gras et riche ;
Je croyais qu’au bonheur chacun aurait sa part. Et que l’humanité s’en allait quelque part !
Oh ! que j’étais enfant dans ma noble croyance ! Les leçons du malheur et de l’expérience Ont corrigé mon cœur, et mon rêve est brisé.
« Des vieilles royautés le vase est épuisé, » Dites-vous ; « nous voulons du temple populaire Gâcher avec du sang le ciment séculaire. »
Hommes ! infirmes nains qui faites les géants. Qui remuez les cieux pour bâtir des néants, Et croyez recueillir l’héritage d’Hercule, Que votre orgueil stupide est vain et ridicule ! Ô mouches, vous croyez d’un effort martial Faire avancer d’un pas le coche social ! Et vous ne voyez pas que le monde sans terme Tourne autour d’un poteau comme un cheval de ferme ; Que vos efforts sont vains, et que l’humanité Est un coucou traîné par la fatalité.