French poem
Pourquoi il ne faut pas abattre les chênes
by Étienne Eggis (1830–1867)
Un jour un prince allemand Fit abattre un bois de chênes Qui couvrait, sombre et dormant, Quelques collines prochaines.
Et des arbres qu’abattit L’ingrate et sourde cognée, On dit qu’alors il sortit Comme une voix éloignée :
Prends garde, prince allemand ; Malgré ta nombreuse garde, Nous nous vengeons sûrement ; Ô prince allemand, prends garde !
Le prince en passant sourit. Peu de temps après la guerre Où même son fils périt, Sous un prétexte vulgaire
Ensanglanta sa cité, Et fit passer la couronne, De son front déshérité, Sur le fils d’une baronne.
Il fut à mort condamné, Et conduit, une nuit sombre, À l’échafaud, enchaîné : Et nul ne priait dans l’ombre.
À la lueur d’un fallot Il vit, en portant sa chaîne, Que l’estrade et le billot, Tout était en bois de chêne.