French poem
Ah ! t’es rien… bon !
by Eugène Pottier (1816–1887)
De quoi ! dit Filoche à Guguste, Ton père est un vieux ramolli, De quoi ! nous déformer le buste Des douze heures à l’établi ? Vois donc les choses par toi-même, Suer, ça donne des fraîcheurs. Les rupins vivent dans la flême, Et le pouic est pour les bûcheurs.
Ohé ! Guguste, ah ! t’es rien… bon ! De t’atteler à leur carrosse ; Traité par eux comme une rosse, T’iras crever à Montfaucon. Ohé ! Guguste, ah ! t’es rien… bon !
Il n’a pas Rothschild dans sa poche, Ton auteur, le papa Dubreuil, Pourtant, c’est vissé dans la pioche, Ça boit, quand il lui tombe un œil. N’empêche qu’étant à la veille D’être perclus ; son capital — S’ils ont un lit de trop, ma vieille — C’est de claquer à l’hôpital.
Et le gros pacha de l’usine, Millionnaire, celui-là, Cocher poudré, chef de cuisine, A-t-il travaillé pour cela ? Sait-il ce que c’est qu’une enclume ? Tâche ! il hérita tout gamin, Et l’on ferait un lit de plume Des poils qu’il vous a dans la main.
Dans la besogne, tu te vautres, T’as le chicotin, moi le suc ; Pour faire travailler les autres Va falloir que je pince un truc. Je m’abouche à la haute pègre, À la Bourse, dans leurs bazars ; Va, feignant, masser comme un nègre, Je suis du parti des lézards.
Ohé ! Gugusse, ah ! t’es rien… bon De t’atteler à leur carrosse ; Traité par eux comme une rosse, T’iras crever à Montfaucon. Ohé ! Gugusse, ah ! t’es rien… bon !
Paris, 1883.