Versos French Eugène Pottier Après nous la fin du monde

French poem

Après nous la fin du monde

by (1816–1887)

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À Compiègne, un soir, Pieuvres de boudoir Et maréchaux de la prime, Au feu provoquant D’un souper-volcan, Portent l’orgie au sublime. L’or respiré L’or dévoré, Débonde ; Les yeux, les voix Chantent à la fois Sa ronde. Chacun crie : Encor ! Vivons sans report ! Après nous la fin du monde !

Un toast à l’argent, Le suprême agent, Dit le Titan de la banque, La richesse est tout, Retournons l’atout, Ce n’est pas l’enjeu qui manque. Pressons si fort Qu’en moelle d’or Tout fonde, Crédit, journaux, Chemins et canaux, Terre, onde. Saignons sur bilan, L’avenir à blanc. Après nous la fin du monde !

Un toast à l’amour ! Dit la Pompadour Qui la veille était lingère. Un nabab s’est pris Sur ma mise à prix, Quelqu’un couvre-t-il l’enchère ? Turlututu Pour la vertu Qui gronde. Qu’à son grabat Mon lit d’apparat Réponde : J’ai pour édredon, Plumé Cupidon, Après nous la fin du monde !

Un toast au pouvoir ! Car le temps est noir, Dit un gueux tranchant du prince. Du spectre affamé L’abîme est fermé, Mais le couvercle en est mince. L’Église en soi N’a plus sa foi Profonde ; Nul souverain N’a ce bras d’airain Qui fonde. Bah ! gagnons du temps ! Nos fils ont vingt ans… Après nous la fin du monde !

Silence aux valets ! Dans ces vieux palais L’incendie a la parole… Armé d’un pavé, Banco s’est levé Il porte un toast au pétrole : « Globe sans cœur,  » Que ma sueur  » Féconde,  » Dois-je aux bandits  » Faire un paradis  » Immonde ?  » Non, grève sans fin !  » Crevons tous de faim ! » Après nous la fin du monde ! »

Paris, 1871.