French poem
Chacun vit de son métier
by Eugène Pottier (1816–1887)
Buvant la goutte, un croque-mort Dit au commissaire : « La besogne, ne va pas fort » Dans le funéraire. » Avec six enfants, cher Thomas, » Sans pourboire on est vite à bas. » Le mort ne va guère ! » Le mort ne va pas !
» Dieu sait comme un printemps malsain » Nous est nécessaire » Ça fait gagner le médecin » Et l’apothicaire. » Cercueils de plomb, marbre, vieux draps ; » Le mort fait vivre tant d’états… » Le mort ne va guère ! » Le mort ne va pas !
» La fosse commune va bien » Dans ce cimetière ; » Oui ; mais ça ne rapporte rien, » La classe ouvrière, » L’hôpital les fournit par tas, » Et nos choux n’en sont pas plus gras. » Le mort ne va guère ! » Le mort ne va pas !
» On prévoyait deux morts cossus » Dans le ministère ; » Je comptais payer là-dessus » Mon propriétaire. » Pas de chance ! Hier au plus bas, » Les voilà tirés d’embarras ! » Le mort ne va guère ! » Le mort ne va pas !
» Le mort, c’est vrai, met en chagrin » Bien des gens sur terre. » Mais, que veux-tu ? c’est notre pain. » Chacun son affaire. » Je n’ai mis les deux bouts, Thomas, » Qu’au bon temps des deux choléras, » Le mort ne va guère ! » Le mort ne va pas !