French poem
La dernière ronde
by Franc-Nohain (1872–1934)
Nous n’irons plus aux gares, Tous les trains sont coupés : Il s’est bien rattrapé, Le syndicat Guérard ! Orléans, Saint-Lazare Et la gare du Nord, Et Montparnasse encor, Lyon, l’Est, et Sceaux même,
Nous n’irons plus aux gares, Tous les trains sont coupés… Ah ! que Dieu nous pardonne ! Qu’est-ce que nous ferons : Restera la maison, — (Femme, enfants, et la bonne) !… — Ne plus prendre le train, Reprendre le train-train, De la vie monotone… Comme le temps me dure De la grande ceinture ! Allons plutôt à pié Jusques à Saint-Mandé…
Et l’on vendra les rails À la vieille ferraille, Et l’on prendra les disques Pour jouer aux oublies À un sou la partie : — Tâche d’en gagner dix !… —
Nous n’irons plus aux gares, Tous les trains sont coupés : La belle que voilà Ira les ramasser. —
La belle qui ramasse Les trains à bout de bras, Qui vous épousera Ne manque pas d’audace !…
Ne manque pas d’audace, Et même de santé, (Tu parles !…) ; Je sais que, pour ma part, J’aime mieux m’en aller : Bonsoir, belle ! et bonsoir Toute la société !…
Nous n’irons plus aux gares…