French poem
La Délicate Attention
by Franc-Nohain (1872–1934)
Je m’étais demandé parfois, Arrêté devant l’étalage des spécialistes, Je m’étais demandé, dans mon âme simpliste, Vers quelle île, à travers quel isthme, Devait un jour cingler telle cravate à petits pois, Brique, vert-pomme ou caca-d’oie, Orgie, ou cauchemar, ou quoi? D’un chemisier dément ou symboliste:
Car il est de ces cravates surprenantes, Qui nous laissent muets de stupeur, Future cargaison de bateaux à vapeur, Au Havre (pense-t-on) ou à Nantes, Et qu’on imagine volontiers, Unique vêtement de quelque vieux roi nègre, Qui rendrait la justice, intègre, Là-bas, sous un grand cocotier,
La cravate abricot enserrant son cou d’aigle...
Rêveur, où donc as-tu la tête, O triple et quadruple poète! Et tu n’as pas deviné la cravate, Cette cravate Qu’attentionnée et délicate L’épouse dévouée offrira, le vingt-quatre, A son mari, pour sa fête?
Elle a choisi elle-même, et s’en flatte:
--Tu pourras la mettre longtemps, Car c’est un tissu résistant, Qui ne s’use qu’avec le temps!--