French poem
La Déplorable Habitude
by Franc-Nohain (1872–1934)
L’épouse a proscrit sans pitié La vieille pipe en merisier, Compagne des rêveries anciennes et familières. Je comprends maintenant: naguère, Vieille pipe, quand je t’ai confié, Au temps des fiançailles, mes beaux espoirs ensoleillés, Voilà pourquoi tu ne m’écoutais guère,-- Et même tu crachais d’inquiétante manière:
La vieille pipe en merisier, La vieille pipe se méfiait...
L’épouse a dit:--Fumer de gros cigares En ma présence est un manque d’égards, Car Est-ce que j’en fume, est-ce que j’en fume, des cigares? Cette fumée, c’est notre argent que tu gaspilles! Quand on n’a pas et des mille, et des cents, Et encore moins des cent mille, Est-ce un plaisir raisonnable et décent Pour un sérieux père de famille?
Les boîtes de cigares, ça finit par compter, Sans compter Ceux que tu dois offrir à des tas d’imbéciles!
Vaut-il pas mieux mettre ça de côté Pour quelque chose, au moins, d’utile, Dont, moi aussi, je puisse profiter: Pour acheter, Par exemple, une automobile?--
L’épouse a dit:--Je ne sais rien d’abject Comme cette manie de perpétuelles cigarettes! D’abord, je commence à m’apercevoir --Cela non plus n’a pas échappé à ma mère-- Que tu perds toute ta mémoire: Hier, Tu nous as fait chercher une heure, pour savoir L’adresse de cette couturière...
Et puis, c’est dégoûtant: des bouts De cigarette traînent partout, J’ai honte quand quelqu’un regarde; Et puis, C’est une odeur de tabagie, Qui, d’abord, vous prend à la gorge, Qui s’accroche Aux rideaux, tentures, tapis: On a beau secouer, aérer, ils la gardent;
L’appartement a l’air d’un corps de garde!...--
Cédant à ces justes critiques, Dorénavant l’époux n’exhibe Cigarette, cigare ou pipe;
Mais lors sournoisement il chique.