Versos French François Villon Ballade

French poem

Ballade

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Que Villon donna à un gentilhomme, nouvellement marié, pour l'envoyer à son espouse, par luy conquise à l'espée.

Au poinct du jour, que l'esprevier se bat, Meu de plaisir et par noble coustume, Bruyt il demaine et de joye s'esbat, Reçoit son per et se joint à la plume: Ainsi vous vueil, à ce désir m'allume. Joyeusement ce qu'aux amans bon semble. Sachez qu'Amour l'escript en son volume, Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.

Dame serez de mon cueur, sans debat, Entierement, jusques mort me consume. Laurier soüef qui pour mon droit combat, Olivier franc, m'ostant toute amertume. Raison ne veult que je desaccoustume, Et en ce vueil avec elle m'assemble, De vous servir, mais que m'y accoustume; Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.

Et qui plus est, quand dueil sur moy s'embat, Par fortune qui sur moy si se fume, Vostre doulx oeil sa malice rabat, Ne plus ne moins que le vent faict la fume. Si ne perds pas la graine que je sume En vostre champ, car le fruict me ressemble: Dieu m'ordonne que le fouysse et fume; Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.

ENVOI.

Princesse, oyez ce que cy vous resume: Que le mien cueur du vostre desassemble Jà ne sera: tant de vous en presume; Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.

CXXX.

Item, à sire Jehan Perdryer, Riens, n'à Françoys, son second frère. Si m'ont-ilz voulu aydier, Et de leurs biens faire confrère; Combien que Françoys, mon compère, Contre langues flambans et rouges, Sans commandement, sans prière, Me recommanda fort à Bourges.

CXXXI.

Si aille veoir en Taillevent, Ou chapitre de fricassure, Tout au long, derrière et devant, Lequel n'en parle jus ne sure; Mais à Macquaire vous asseure, A tout le poil cuysant ung dyable, Affin que sentist bon l'arsure, Ce Recipe m'escript, sans fable.

BALLADE.

En reagal, en arsenic rocher, En orpigment, en salpestre et chaulx vive; En plomb boillant, pour mieulx les esmorcher; En suif et poix, destrampez de lessive Faicte d'estronts et de pissat de Juifve; En lavaille de jambes à meseaulx; En raclure de piedz et vieulx houseaulx; En sang d'aspic et drogues venimeuses; En fiel de loups, de regnards et blereaux, Soient frittes ces langues envieuses!

En cervelle de chat qui hayt pescher, Noir, et si vieil qu'il n'ait dent en gencive; D'ung vieil mastin, qui vault bien aussi cher Tout enragé, en sa bave et salive; En l'escume d'une mulle poussive, Detrenchée menu à bons ciseaulx; En eau où ratz plongent groings et museaulx, Raines, crapauds, telz bestes dangereuses, Serpens, lezards, et telz nobles oyseaulx, Soient frittes ces langues envieuses!

En sublimé, dangereux à toucher; Et au nombril d'une couleuvre vive; En sang qu'on mect en poylettes secher, Chez ces barbiers, quand plaine lune arrive, Dont l'ung est noir, l'autre plus vert que cive, En chancre et fix, et en ces ords cuveaulx Où nourrices essangent leurs drappeaulx; En petits baings de filles amoureuses Qui n'entendent qu'à suivre les bordeaulx, Soient frittes ces langues envieuses!

ENVOI.

Prince, passez tous ces friands morceaux, S'estamine n'avez, sacs ou bluteaux, Parmy le fons d'unes brayes breneuses; Mais, paravant, en estronts de pourceaulx Soient frittes ces langues envieuses!

CXXXII.

Item, à maistre Jehan Courault, Les Contredictz Franc-Gontier mande: Quant du Tyrant seant en hault, A cestuy-là rien ne demande; Le saige ne veult que contende, Contre puissant, pouvre homme las, Affin que ses filez ne tende, Et que ne tresbuche en ses laqs.

CXXXIII.

Gontier ne crains: il n'a nulz hommes Et mieulx que moy n'est herité; Mais en ce debat cy nous sommes, Car il loue sa pouvreté: Estre pouvre, yver et esté, A felicité il repute, Ce que tiens à malheureté. Lequel à tort? Or en dispute.