Versos French François Villon Ballade

French poem

Ballade

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DES MENUS PROPOS.

Je congnois bien mouches en laict; Je congnois à la robe l'homme; Je congnois le beau temps du laid; Je congnois au pommier la pomme; Je congnois l'arbre à veoir la gomme; Je congnois quand tout est de mesme; Je congnois qui besongne ou chomme; Je congnois tout, fors que moy-mesme.

Je congnois pourpoinct au collet; Je congnois le moyne à la gonne; Je congnois le maistre au valet; Je congnois au voyle la nonne; Je congnois quand piqueur jargonne; Je congnois folz nourriz de cresme; Je congnois le vin à la tonne; Je congnois tout, fors que moy-mesme.

Je congnois cheval du mulet; Je congnois leur charge et leur somme; Je congnois Bietrix et Bellet; Je congnois gect qui nombre et somme; Je congnois vision en somme; Je congnois la faulte des Boesmes; Je congnois filz, varlet et homme: Je congnois tout, fors que moy-mesme.

ENVOI.

Prince, je congnois tout en somme; Je congnois coulorez et blesmes; Je congnois mort qui nous consomme; Je congnois tout, fors que moy-mesme.

BALLADE DES POVRES HOUSSEURS.

On parle des champs labourer, De porter chaulme contre vent, Et aussi de se marier A femme qui tance souvent; De moyne de povre couvent, De gens qui vont souvent sur mer; De ceulx qui vont les bleds semer, Et de celluy qui l'asne maine; Mais, à trestout considérer, Povres housseurs ont assez peine.

A petis enfans gouverner, Dieu sçait se c'est esbatement! De gens d'armes doit-on parler? De faire leur commandement? De servir Malchus chauldement? De servir dames et aymer? De guerrier et bouhourder Et de jouster à la quintaine? Mais, à trestout considérer, Povres housseurs ont assez peine.

Ce n'est que jeu de bled soyer, Et de prez faulcher, vrayement; Ne d'orge battre, ne vanner, Ne de plaider en Parlement; A danger emprunter argent; A maignans leurs poisles mener; Et à charretiers desjeuner, Et de jeusner la quarantaine; Mais, à trestout considérer, Povres housseurs ont assez peine.

PROBLÈME OU BALLADE AU NOM DE LA FORTUNE.

Fortune fuz par clercz jadis nommée, Que toy, Françoys, crie et nomme meurtrière. S'il y a hom d'aucune renommée Meilleur que toy, faiz user en plastrière, Par povreté, et fouyr en carrière, S'a honte viz, te dois tu doncques plaindre? Tu n'es pas seul; si ne te dois complaindre. Regarde et voy de mes faitz de jadis, Maints vaillans homs par moy mors et roidiz, Et n'eusses-tu envers eulx ung soullon, Appaise-toy, et mectz fin en tes diz: Par mon conseil prends tout en gré, Villon!

Contre grans roys je me suis bien armée, Le temps qui est passé; car, en arrière, Priame occis et toute son armée; Ne lui valut tour, donjon, ne barrière. Et Hannibal, demoura-il derrière? En Cartaige, par moy, le feiz actaindre; Et Scypion l'Affricquain feiz estaindre; Julius César au sénat je vendiz; En Egipte Pompée je perdiz; En mer noyay Jazon en ung boullon; Et, une fois, Romme et Rommains ardiz.... Par mon conseil prends tout en gré, Villon!

Alexandre, qui tant fist de hamée, Qui voulut voir l'estoille poucynière, Sa personne par moy fut inhumée. Alphasar roy, en champ, sous la bannière, Ruay jus mort; cela est ma manière. Ainsi l'ay fait, ainsi le maintendray; Autre cause ne raison n'en rendray. Holofernes, l'ydolastre mauldiz, Qu'occist Judic (et dormoit entandiz!) De son poignart, dedens son pavillon; Absallon, quoy! en fuyant suspendis.... Par mon conseil prends tout en gré, Villon!

ENVOI.

Povre Françoys, escoute que tu dis: Se rien peusse sans Dieu de paradiz, A toy n'aultre ne demourroit haillon: Car pour ung mal lors j'en feroye dix: Par mon conseil prends tout en gré, Villon!

BALLADE CONTRE LES MESDISANS DE LA FRANCE.

Rencontré soit de bestes feu gectans, Que Jason vit, querant la Toison d'or; Ou transmué d'homme en beste, sept ans, Ainsi que fut Nabugodonosor; Ou bien ait perte aussi griefve et villaine Que les Troyens pour la prinse d'Heleine; Ou avallé soit avec Tantalus Et Proserpine aux infernaulx pallus, Ou plus que Job soit en griefve souffrance, Tenant prison en la court Dedalus, Qui mal vouldroit au royaume de France!

Quatre mois soit en un vivier chantant, La teste au fons, ainsi que le butor; Ou au Grand-Turc vendu argent contant, Pour estre mis au harnois comme ung tor; Ou trente ans soit, comme la Magdelaine, Sans vestir drap de linge ne de laine; Ou noyé soit, comme fut Narcisus; Ou aux cheveux, comme Absalon, pendus, Ou comme fut Judas par desperance, Ou puist mourir comme Simon Magus, Qui mal vouldroit au royaume de France!

D'Octovien puisse venir le temps: C'est qu'on luy coule au ventre son trésor; Ou qu il soit mis entre meules flotans; En un moulin, comme fut saint Victor; Ou transgloutis en la mer, sans haleine, Pis que Jonas au corps de la baleine; Ou soit banny de la clarté Phoebus, Des biens Juno et du soulas Venus, Et du grant Dieu soit mauldit à outrance, Ainsi que fut roy Sardanapalus, Qui mal vouldroit au royaume de France!