Versos French François Villon Ballade

French poem

Ballade

by

Listen in the reader

Intitulée: Les Contredictz de Franc-Gontier

Sur mol duvet assis, ung gras chanoine, Lez ung brasier, en chambre bien nattée, A son costé gisant dame Sydoine, Blanche, tendre, pollie et attaintée: Boire ypocras, à jour et à nuyctée, Rire, jouer, mignonner et baiser, Et nud à nud, pour mieulx des corps s'ayser, Les vy tous deux, par un trou de mortaise: Lors je congneuz que, pour dueil appaiser, Il n'est tresor que de vivre à son aise.

Se Franc-Gontier et sa compaigne Heleine Eussent tousjours tel douce vie hantée, D'oignons, civetz, qui causent forte alaine, N'en comptassent une bise tostée. Tout leur mathon, ne toute leur potée, Ne prise ung ail, je le dy sans noysier. S'ilz se vantent coucher soubz le rosier, Ne vault pas mieulx lict costoyé de chaise? Qu'en dictes-vous? Faut-il à ce muser? Il n'est tresor que de vivre à son aise.

De gros pain bis vivent, d'orge, d'avoine, Et boivent eau, tout au long de l'année. Tous les oyseaulx d'icy en Babyloine A tel escot une seule journée Ne me tiendroient, non une matinée. Or s'esbate, de par Dieu, Franc-Gontier, Helène o luy, soubz le bel esglantier; Si bien leur est, n'ay cause qu'il me poise; Mais, quoy qu'il soit du laboureux mestier, Il n'est tresor que de vivre à son aise.

ENVOI.

Prince, jugez, pour tous nous accorder. Quant est à moy, mais qu'à nul n'en desplaise, Petit enfant, j'ay ouy recorder Qu'il n'est tresor que de vivre à son aise.

CXXXIV.

Item, pour ce que sçait la Bible, Mademoyselle de Bruyères, Donne prescher, hors l'Evangile, A elle et à ses bachelieres, Pour retraire ces villotières Qui ont le bec si affilé, Mais que ce soit hors cymetières, Trop bien au marché au filé.

BALLADE DES FEMMES DE PARIS.

Quoy qu'on tient belles langagières Florentines, Veniciennes, Assez pour estre messaigières, Et mesmement les anciennes; Mais, soient Lombardes, Rommaines, Genevoises, à mes perilz, Piemontoises, Savoysiennes, Il n'est bon bec que de Paris.

De très beau parler tiennent chaires, Ce dit-on, les Napolitaines, Et que sont bonnes cacquetoeres Allemanses et Bruciennes; Soient Grecques, Egyptiennes, De Hongrie ou d'autre pays, Espaignolles ou Castellannes, Il n'est bon bec que de Paris.

Brettes, Suysses, n'y sçavent guères, Ne Gasconnes et Tholouzaines; Du Petit-Pont deux harangères Les concluront, et les Lorraines, Anglesches ou Callaisiennes, (Ay je beaucoup de lieux compris?) Picardes, de Valenciennes; Il n'est bon bec que de Paris.

ENVOI.

Prince, aux dames parisiennes De bien parler donnez le prix; Quoy qu'on die d'Italiennes, Il n'est bon bec que de Paris.

CXXXV.

Regarde-m'en deux, trois, assises Sur le bas du ply de leurs robes, En ces monstiers, en ces eglises; Tire t'en près, et ne t'en hobes; Tu trouveras là que Macrobes Oncques ne fist tels jugemens; Entens: quelque chose en desrobes; Ce sont tous beaulx enseignemens.

CXXXVI.

Item, et au mont de Montmartre, Qui est ung lieu moult ancien, Je lui donne et adjoincts le tertre. Qu'on dit de mont Valerien; Et, oultre plus, d'ung quartier d'an Du pardon qu'apportay de Romme: Sy yra maint bon paroissien, En l'abbaye ou il n'entre homme.